Mon Dieu qu’il est maigre! Pauvre petit!

 

Avec leur allure élancée, les alpagas sont souvent pris en pitié, mais qu’en est-il réellement? Comment fait-on pour savoir si un animal affiche le bon poids? Notre petit Caruso est-il rachitique?

Tout comme les humains, les alpagas peuvent effectivement souffrir de rachitisme par manque de vitamine D, mais cela n’a rien à voir avec le poids qu’ils affichent sur la balance. Les crias nés en hiver sont plus susceptibles d’être atteints de cette affection. Je crois que les nôtres absorbent leur dose de vitamine D lorsqu’ils s’étendent le « bedon à l’air » sur le sable pour profiter des chauds rayons du soleil. C’est une théorie que j’échafaude. Elle n’a aucun fondement scientifique.  Je n’ai rien lu à ce sujet. J’émets cette hypothèse parce que leur abdomen est moins poilu. L’intérieur de leurs pattes aussi. Ces parties dénudées doivent à coup sûr leur permettre de métaboliser la vitamine D plus facilement. On dit par ailleurs que 70 % à 90 % des personnes vivant au Canada et aux États-Unis souffrent d’une carence en vitamine D. Cela va de soi. On est un peu phobique par rapport au soleil. On craint le cancer de la peau. On aime s’enduire le corps de Banana Boat à qui mieux mieux. On croit se prémunir contre une menace imminente alors que le risque de contracter un mélanome est de 2 %, et que celui de souffrir de maladies et de cancers beaucoup plus fréquents est, selon plusieurs études, directement lié à une carence en vitamine D. La vitamine Galarneau. On peut prendre de la vitamine D en comprimés? Hum… OK.  Revenons à nos moutons. Ou plutôt à nos alpagas. Nos alpagas prennent du soleil comme bon leur semble et ingèrent aussi des suppléments de vitamine D notamment par l’entremise de la moulée que nous leur donnons sur une base quotidienne. Des minéraux sont à leur disposition en permanence. Tout est pesé. Calculé. Au gramme près. Ils ont du foin ad libitumAnyway, ils sont traités aux petits oignons. En fait, l’agriculture et l’élevage relèvent, à mon humble avis, de l’art et de la science. Quand je vois les agriculteurs du coin manier avec aisance des GPS compliqués pour tracer leurs sillons, éplucher des relevés météo et jauger des analyses de nutriments out-of-this-world, je n’ai pas d’autres choix que de m’incliner devant leurs connaissances. Ils possèdent aussi le sens du travail bien accompli. Ils sont vaillants. Impressionnants. Ils passent souvent devant notre porte à des heures impossibles avec leurs gros engins qui ressemblent à de la machinerie militaire. Des roues énormes qui font deux voies de circulation de largeur. Et très hautes à part ça! Bon. Trêves de tergiversations. Revenons aux cotes de chair. Les cotes de chair permettent d’évaluer la condition d’un animal. On s’en sert pour les chevaux. Pour les alpagas aussi. C’est un système noté qui demande d’évaluer plusieurs parties de l’animal. Chez les chevaux, on cherche notamment à déceler des dépôts adipeux le long du cou, à l’attache de la queue, au garrot, à l’arrière des épaules, sur les côtes. Pour la gent chevaline, on dit qu’il faut être en mesure de palper facilement les côtes, mais ne pas les apercevoir. On a alors un cheval top notch. D’un poids idéal. Pour les alpagas, c’est un peu différent. Une épaisse toison nous sépare de leur anatomie. Il faut donc utiliser notre main pour sonder attentivement le garrot et déterminer si le V que nous ressentons correspond à une cote de chair adéquate.Il faut aussi observer et palper leur cage thoracique, leur poitrail, leur abdomen, leur arrière-train, le dessous des coudes. Les apparences sont parfois trompeuses. Un animal peut avoir des hanches très proéminentes sans être maigre. Plus les alpagas vieillissent moins ils ont de graisse sur les hanches. C’est particulièrement le cas pour les femelles multipares. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient trop maigres. Il ne faut pas se fier à ce que l’on voit. Le noir amincit. Les animaux foncés ont souvent l’air plus filiformes qu’ils ne le sont en réalité. Notre petit Caruso est en pleine santé. D’un poids idéal. C’est un adolescent un peu dégingandé, certes, mais parfaitement normal. Un petit être pimpant de vie et adorable!

Alpagament vôtre!

Claudia

 

 

 

Une surprise de taille! La cigogne va de nouveau passer cette année!

Une échappée de courte durée…

Les abonnés de notre page FB ne sont pas sans savoir que notre troupeau s’est récemment agrandi avec l’arrivée de cinq mâles et d’une femelle. Mais qu’elle ne fut pas ma surprise de constater il y a deux semaines que Bianca présentait des rondeurs asymétriques plutôt suspectes! Forte de cette observation et avec la quasi-certitude d’avoir perçu des mouvements fœtaux, j’ai séance tenante communiqué avec l’ancienne propriétaire pour savoir de quoi il en retournait. Elle m’a confirmé que les mâles avaient réussi à atteindre le clos où se trouvait Bianca et qu’un d’entre eux l’avait séduite. Comme cette rencontre illicite fut brève, aucune note n’a été prise. Notre belle arrivante est donc tout probablement gestante…de père inconnu!

Reproduction des alpagas

Parmi le bétail présent en Amérique du Nord, l’alpaga possède un cycle de reproduction qui est unique. L’utérus de la femelle a la forme d’un Y. Il possède deux cornes dont la longueur varie grandement d’une femelle à une autre selon ses antécédents de gestation. La corne de gauche est généralement plus grosse que celle de droite ce qui expliquerait pourquoi la plupart des gravidités s’y déroulent. Les femelles ont une activité folliculaire l’année durant, mais certaines périodes sont plus favorables que d’autres pour l’accouplement. On dit que les femelles ont une ovulation qui est induite par la copulation. Elles sont prêtes à être accouplées vers l’âge de deux ans. Elles doivent peser au moins 100 lb.  Si elles ne se couchent pas en moins de 60 secondes lorsqu’elles sont présentées à un mâle, il ne faut pas insister. Il est préférable de réessayer quelques jours plus tard. Si la femelle est déjà gestante ou non disposée à être accouplée, elle risque de rejeter le mâle et de cracher. L’accouplement dure habituellement entre 12 et 48 minutes. Plus c’est court, moins ça risque de fonctionner d’autant plus que les alpagas mâles éjaculent au compte-gouttes. Cet axiome biologique quasi incontestable ne s’est pas révélé juste dans le cas de cette chère Bianca!

Évaluation du bien-être du fœtus

À l’étape où nous en sommes, il convient d’évaluer le bien-être fœtal sur une base régulière. La durée de gestation chez un alpaga varie entre 335 et 365 jours. Plusieurs facteurs peuvent influer sur ce paramètre, notamment le sexe du fœtus, la saison, la femelle et le mâle reproducteurs en cause. Les gestations découlant d’accouplements réalisés au printemps sont habituellement 12,5 jours plus longues que celles qui surviennent en automne. Puisque l’éleveuse précédente nous a indiqué que l’accouplement avait possiblement eu lieu à la fin de l’été, il est plausible de croire que Bianca mettra bas au mois d’août. La plupart des morts embryonnaires ont lieu au cours du premier trimestre. Ces mortalités in utéro peuvent être attribuables à plusieurs causes : malformations génétiques, stress dû à la chaleur, pathologies utérines ou autres maladies débilitantes. Nous avons fort heureusement passé cette étape. Un avortement peut néanmoins survenir plus tard pour des raisons qui semblent vraiment non apparentes. Il peut être attribuable à un agent infectieux ou non infectieux. Au nombre des causes infectieuses, citons la leptospirose, et non infectieuses l’utilisation de médicaments à base de cortisone, notamment pour les infections oculaires. Ceux-ci sont dommageables même en très petites quantités. Maintenant que nous savons que Bianca est gestante, nous évitons d’avoir recours à de tels produits. Il nous faut garder un œil sur elle pour nous assurer que tout va bien. Au troisième trimestre, il est important d’augmenter l’apport nutritif de la mère. Il faut aussi veiller à ce qu’elle ne souffre pas de torsion utérine qui est une affection de cause inconnue. Lorsque cela se produit, les cornes de l’utérus tournent autour du corps de l’utérus. Le degré de torsion peut varier entre 90 et 320 degrés. Si une femelle montre des signes de coliques, vocalise plus qu’à l’habitude ou si la première partie de la mise bas ne semble pas progresser, il faut suspecter cette pathologie qui peut rapidement péricliter. Il faut observer attentivement la femelle tous les jours. Si elle mange bien, se comporte normalement et suit sa routine habituelle, il n’y a vraiment pas lieu de s’inquiéter. Lorsque la température est élevée et humide, il importe de procurer un foin de haute qualité à l’alpaga pour lui éviter tout stress métabolique. Lorsque le foin n’est pas suffisamment nutritif, l’alpaga surchauffe à essayer de le digérer.

Imminence de la naissance

Pour déterminer si une femelle va mettre bas bientôt, il faut vérifier le ligament sacro-tubéral. Plus le jour de la parturition approche, plus ce ligament passe d’une tension s’apparentant à des cordes de guitare tendues à des cordes de guitare pratiquement impossibles à palper quelques jours avant la mise bas. Il est aussi recommandé de vérifier les changements mammaires et vulvaires, les antécédents liés à la mise bas, une baisse d’intérêt pour la nourriture, les changements de comportement et le temps passé en position ventrale. Il importe de s’assurer que le fœtus bouge. On peut le faire en plaçant une main sur le ventre de la mère. Dans le cas de Bianca qui nous connaît encore très peu, il est préférable d’observer les mouvements de sa queue de loin pour ne pas la stresser inutilement. Si elle la remue de bas en haut ou si elle la tient relevée, on remarque la plupart du temps des mouvements fœtaux concomitants. Il suffit d’être patient.

« Vivre c’est s’adapter » Alvin Toffler

La vie nous réserve parfois des surprises. Certaines plus heureuses que d’autres. La naissance prochaine d’un cria est sans contredit un événement à célébrer. Après la naissance d’Irma qui s’est avérée plus difficile que prévue, j’ai pris des notes pour me souvenir de ce que j’aurais pu faire mieux. Il aurait notamment été préférable que j’ai un four à micro-ondes avec des disques chauffants ou un séchoir à cheveux à portée de main dans la grange pour pouvoir la réchauffer plus rapidement. De l’oxygène aussi. Tout se passe tellement vite que même le déplacement entre la maison et la grange semble une perte de temps coûteuse quand un cria ne va pas bien. Ma trousse de naissance est prête. Mes réserves de colostrum garnies. J’attends avec impatience la venue de cette nouvelle vie.

Irma la miraculée!

Irma, à deux jours

Irma doit la vie à une intervention de la Providence. C’est du moins ce que je crois. Pour être plus « tendance », je dirai qu’elle doit la vie à une coïncidence fortuite, mais assez singulière pour attirer l’attention. Laissez-moi vous expliquer ce qui s’est passé maintenant que j’ai piqué votre curiosité.

Une mise bas inattendue

Le 14 juillet dernier, il y maintenant près d’un an de cela, nous étions à l’affût de l’arrivée du premier cria de Dahlia. Comme il est de mise en pareille circonstance, nous portions un œil attentif sur cette primipare pour nous assurer de pouvoir intervenir au besoin. Les crias mettent peu de temps à naître une fois les contractions bien installées. L’expulsion prend généralement moins d’une trentaine de minutes.  Un éleveur s’attend à ce qu’ils voient le jour entre 7 h et 14 h. Une parturition plus tardive est souvent signe de dystocie.

Un après-midi mouvementé

En ce matin radieux, rien ne laissait présager que je vivrais un après-midi mouvementé. Dahlia se comportait normalement et ne montrait pas de signes d’inconfort. J’ai pratiquement passé toute la matinée en compagnie de nos alpagas à vaquer à des travaux de ferme. Je suis rentrée vers 13 h 30 pour terminer une traduction à l’ordinateur et casser la croûte. Au moment même où j’appuyais sur la touche Send un coup de tonnerre foudroyant a fait trembler notre maison de pierre qui n’a pas l’habitude de broncher. Le bruit m’a fait sursauter. J’ai cru que la foudre avait frappé le paratonnerre. Après avoir constaté que tout était normal dans la maison, je me suis précipitée dans la grange pour m’assurer qu’elle avait aussi été épargnée. Muée par une intuition que je ne saurais expliquer, je me suis penchée pour examiner Dahlia et j’ai remarqué que le sac amniotique commençait à poindre sous sa queue. Irma n’a mis que quelques minutes à faire son entrée dans le monde, la tête bien positionnée entre ses deux pattes de devant. Mon ravissement a rapidement fait place à de l’hébétement quand je me suis aperçue qu’elle ne respirait pas. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, son petit corps inanimé avait glissé jusqu’au sol comme une poupée de chiffon. Quand elle a aperçu sa fille qui gisait à ses pieds, Dahlia a poussé un cri effroyable.

Malgré le désarroi qui m’habitait, je me suis ressaisie et j’ai appelé mes voisins immédiats pour qu’ils viennent me prêter main-forte. Il faisait très chaud, mais la petite était frigorifiée et livide. Elle convulsait. Le vétérinaire était déjà en route. Je préviens toujours l’équipe de vétérinaires du village quand je constate l’imminence d’une naissance. Même si un d’entre eux arrive toujours très rapidement, l’expulsion se passe tellement vite qu’il faut être en mesure de se débrouiller seul. Je me suis rendu compte qu’Irma reprenait connaissance et qu’elle essayait de respirer par la bouche ce qui est chose difficile pour un alpaga. Comme l’air ne passait pas par les voies nasales, j’ai cru qu’elle souffrait d’atrésie choanale : une malformation congénitale assez fréquente au sein de cette espèce, mais très rare chez les autres mammifères. J’ai quand même saisi ma trousse de mise bas et décidé d’essayer de lui dégager les voies respiratoires avec la poire nasale qui s’y trouvait. J’ai aussi humecté ses gencives de sirop de maïs pour traiter une possible hypoglycémie. Linda et Yoland étant venus à ma rescousse, nous nous sommes tous trois empressés de continuer de tenter de la réchauffer et de la ranimer. Toute la bande d’alpagas nous regardait faire d’un air consterné. La vétérinaire est arrivée sur les entrefaites. Elle nous a encouragés à poursuivre nos manœuvres, car elles semblaient porter fruit. Elle a préféré ne pas intervenir directement pour éviter que la mère rejette son petit. Comme elle ne la connaissait pas, le risque était plus grand que cela se produise qu’avec des gens qui lui sont familiers.

Un heureux dénouement

Après une quarantaine de minutes, Irma a finalement réussi à se coucher en position ventrale, puis à se lever.

Irma, 11 mois

Selon le docteur Forget, le museau du cria a probablement été comprimé pendant les contractions ce qui aurait gêné sa respiration. Il lui paraissait enflé. Quoi qu’il en soit, sans ce coup de tonnerre isolé qui m’a tiré de la maison cette petite serait assurément morte d’asphyxie et de froid.  Aucun orage ne s’est abattu sur nous cette journée-là. Seulement ce coup de tonnerre. Un coup de tonnerre assourdissant comme on en entend très peu souvent.