Ce que Nova m’a appris sur la résilience

Cette semaine, je garde Nova pendant que Benjamin et Sarah célèbrent leurs dix années de vie commune.

Entre deux promenades et quelques parties de lancer de bâton, je me suis surprise à observer ce chien magnifique à tous les points de vue et à repenser au chemin parcouru.

Car lorsqu’on la voit aujourd’hui courir dans le clos pour rapporter un morceau de bois – celui qu’elle a elle-même choisi, bien entendu – il est difficile d’imaginer tout ce qu’elle a traversé.

Nova après sa première chirurgie pour retirer la tumeur à la patte
Après la première chirurgie visant à retirer la tumeur. Benjamin et Sarah espéraient encore pouvoir sauver sa patte.

Nova a neuf ans.
C’est un toller au tempérament bien affirmé.  
Un chien qui sait ce qu’il veut et qui n’a jamais été du genre à se laisser impressionner facilement.
Lorsque le cancer est apparu, Benjamin et Sarah ont tout tenté pour sauver sa patte.
Il y a d’abord eu une première chirurgie afin de retirer la tumeur.
Puis l’électrochimiothérapie.
La patte traitée était douloureuse. Marcher lui demandait des efforts. Pourtant, Nova continuait d’avancer. Elle continuait de sortir. Elle continuait d’être Nova.
Comme si la douleur faisait désormais partie du paysage, sans pour autant devenir le centre de son univers.
Malheureusement, le cancer est revenu.
Et tout ce qui vient avec.

Nova pendant sa convalescence après les traitements contre le cancer
Malgré les traitements, Nova n’a jamais perdu son regard plein de confiance.

Cette fois, il fallait prendre une décision difficile.
L’amputation.
Personne ne souhaite en arriver là.
Personne ne souhaite devoir choisir entre une partie du corps et la qualité de vie de son compagnon.
Mais parfois, préserver la qualité de vie exige d’abandonner une partie pour sauver le tout.
Depuis cette opération, quelque chose m’impressionne profondément.
Nova sait qu’elle a perdu une patte.
Je refuse de croire que les animaux sont inconscients de ce genre de changement.
Elle sait qu’elle n’est plus exactement comme avant.
Elle sait que certaines choses lui demandent davantage d’efforts.
Elle sait qu’elle ne pourra plus courir tout à fait de la même façon.
Et pourtant…
Elle fait contre mauvaise fortune bon cœur.
Avec un courage qui force l’admiration.

Cette semaine encore, je l’ai filmée en train de revenir vers moi avec son précieux morceau de bois dans la gueule.
Pas n’importe quel morceau.
Le sien.
Celui qu’elle avait soigneusement sélectionné elle-même.
Elle revient au trot, fière de sa trouvaille, manifestement satisfaite de son choix.
Pendant quelques secondes, on oublie complètement qu’il lui manque une patte.
Et je me demande alors si la véritable intelligence ne réside pas en partie dans cette extraordinaire capacité d’adaptation.
Nous avons tendance à associer l’intelligence aux diplômes, aux connaissances ou à la résolution de problèmes complexes.
Pourtant, dans la nature, survivre aux changements constitue peut-être l’une des formes d’intelligence les plus fondamentales.
Au refuge, j’ai vu des alpagas devenus pratiquement aveugles apprendre à se repérer grâce à leurs compagnons.
J’ai vu des chats sourds continuer à mener une vie parfaitement heureuse.
J’ai vu des animaux âgés composer avec l’arthrose sans perdre leur curiosité ni leur intérêt pour le monde.
Chaque fois, le même phénomène se répète.
L’animal reconnaît ses nouvelles limites.
Puis il réorganise sa vie autour de ce qui lui est encore possible de faire.
Il ne passe pas son temps à regretter ce qui a disparu.
Il investit plutôt son énergie dans ce qui demeure.


Les chercheurs appellent cela la résilience : la capacité à retrouver un équilibre après l’adversité et à poursuivre sa vie malgré les épreuves. La psychologue Ann Masten, l’une des grandes spécialistes du sujet, décrit même la résilience comme une forme de « magie ordinaire » : non pas une qualité exceptionnelle réservée à quelques individus, mais une capacité d’adaptation présente chez de nombreux êtres vivants.
Les animaux nous en offrent quotidiennement de remarquables démonstrations.
Ils ne nient pas la réalité.
Ils s’y adaptent.
Ce n’est pas la même chose.
Je les trouve souvent plus sages que nous. Du moins que moi.
Plus ancrés dans l’essentiel.
Ils connaissent la douleur, le deuil, la peur et la perte.
Mais ils connaissent aussi l’art remarquable de continuer malgré tout.
Peut-être que la résilience n’est pas la capacité d’oublier ce qui nous manque.
Peut-être est-elle simplement la capacité de continuer à aimer la vie avec ce qu’il nous reste.
Si c’est le cas, alors Nova en est une magnifique ambassadrice.

Pour ceux qui traversent actuellement cette épreuve

Si vous êtes tombé sur cet article parce que votre chien est atteint d’un cancer ou qu’un vétérinaire vous a parlé d’amputation, sachez que je comprends votre inquiétude.

Lorsque l’on aime un animal, l’idée de lui retirer une patte paraît au départ presque impensable. Nous avons naturellement tendance à imaginer ce que représenterait une telle perte pour nous, les humains.

Pourtant, les chiens ne vivent pas cette réalité de la même façon.

Plusieurs études vétérinaires portant sur l’amputation d’un membre chez le chien rapportent une adaptation généralement favorable et une satisfaction élevée chez les propriétaires, même si chaque situation doit être évaluée individuellement. Dans bien des cas, l’intervention permet surtout de mettre fin à une douleur importante et d’offrir à l’animal plusieurs années de vie confortable et heureuse.

Je ne prétends évidemment pas que cette décision est facile. Chaque animal est unique et mérite une évaluation vétérinaire sérieuse. Il faut tenir compte de l’âge, de l’état général, du niveau de douleur, du pronostic et, malheureusement, de l’aspect financier.

Sur ce dernier point, j’aimerais simplement vous dire ceci : ne renoncez pas trop vite.

Les coûts peuvent varier considérablement d’une clinique à l’autre et d’une région à l’autre. Avant d’écarter une option qui pourrait améliorer la qualité de vie de votre compagnon, prenez le temps de demander plusieurs estimations, de solliciter un deuxième avis et de discuter ouvertement de votre budget avec l’équipe vétérinaire. Il existe parfois des solutions plus accessibles que celles auxquelles on pense au départ.

Si vous vivez actuellement cette situation et que vous ne savez pas par où commencer, n’hésitez pas à me contacter. Je ne suis pas vétérinaire, mais je pourrai vous partager notre expérience et certaines pistes qui pourraient vous aider à prendre une décision éclairée.

Une patte de moins, mais toujours le même enthousiasme pour les petits plaisirs de la vie.

Si j’avais un message à transmettre aux familles qui doivent prendre cette décision aujourd’hui, ce serait celui-ci : ne laissez pas la peur de l’amputation vous empêcher de vous informer.
Regardez Nova.
Elle ne se considère pas comme un chien amputé.
Elle se considère simplement comme cette bonne vieille Nova.
Une chienne qui aime les promenades.
Une chienne qui aime sa famille.
Une chienne qui aime toujours la vie.
Vous découvrirez peut-être, comme nous l’avons découvert avec elle, qu’une patte de moins ne signifie pas forcément une vie moins remplie.
Parfois, c’est tout simplement le début d’un nouveau chapitre.
Après toutes ces années passées auprès des animaux, je demeure convaincue qu’ils ont encore beaucoup à nous apprendre.
Nova vient simplement de me rappeler l’une de leurs plus grandes leçons : la vie vaut la peine d’être vécue même lorsqu’elle ne se déroule pas exactement comme prévu.


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